Ficool

Chapter 4 - Chapitre 3:Deux orgueil,une table

NEPHILIMTALE

Chapitre 3 — Deux orgueil, une table

North n'aimait pas ne pas comprendre les choses.

Plus précisément — North n'aimait pas admettre qu'il ne comprenait pas les choses. Ce qui était différent. Parce que ne pas comprendre, ça arrivait à tout le monde. Mais l'admettre, ça demandait une vulnérabilité qu'il n'avait jamais appris à se permettre.

Alors quand Toriel lui expliqua qu'elle allait l'emmener rencontrer les autres — les monstres qui vivaient maintenant à la surface, dans la ville qui s'était construite au pied de la montagne Ebott depuis que les barrières étaient tombées — North dit simplement :

— Bien.

Comme si c'était son idée.

Toriel sourit dans sa tasse de thé.

La ville était petite encore — en construction, en devenir, avec ce charme maladroit des choses qui apprennent à exister. Des maisons de pierre côtoyaient des structures que les monstres avaient bâties selon leurs propres logiques architecturales, colorées et étranges et belles d'une façon que North refusait de trouver belle parce que trouver les choses belles impliquait de le dire et il n'était pas encore prêt pour ça.

Les monstres le regardèrent.

Certains avec curiosité. Certains avec méfiance — une méfiance ancienne, celle qu'on hérite de l'histoire et qu'on ne choisit pas vraiment. D'autres avec ce sourire ouvert et immédiat qui caractérisait les êtres qui avaient décidé une bonne fois pour toutes de faire confiance au monde.

North regarda droit devant lui.

Menton levé. Épaules droites. Le genre de posture qui dit je suis exactement où je veux être quand la vérité c'est je ne sais absolument pas quoi faire de mes mains.

Chara marchait à côté de Frisk, légèrement en retrait, et observait North avec cet intérêt scientifique qui commençait à taper sur les nerfs de l'intéressé.

— Tu pourrais arrêter de me regarder comme ça, dit North sans tourner la tête.

— Je pourrais, admit Chara agréablement. Mais tu es fascinant à observer. Tu ressembles à quelqu'un qui essaie de ne pas avoir l'air de nager alors qu'il est clairement en train de se noyer.

— Je ne me noie pas.

— Bien sûr que non.

Frisk toucha doucement le bras de North — juste un effleurement, une façon de dire ne t'inquiète pas sans ouvrir la bouche — et North se raidit immédiatement, surpris par ce contact qu'il n'avait pas anticipé.

Il ne dit rien.

Mais il ne s'écarta pas non plus.

Ils entendirent Papyrus avant de le voir.

Ce qui était, dans l'expérience de quiconque avait déjà rencontré Papyrus, parfaitement normal.

— NYEH HEH HEH ! LA GRANDE ET MERVEILLEUSE PAPYRUS A REPÉRÉ UN NOUVEAU VISAGE HUMAIN ! ET CE VISAGE A L'AIR PARTICULIÈREMENT IMPRESSIONNANT — PRESQUE AUTANT QUE MOI !

North s'arrêta.

Devant lui se tenait un squelette — grand, dégingandé, vêtu d'une armure rouge et blanche qui semblait avoir été dessinée par quelqu'un d'infiniment enthousiaste et modérément réaliste — qui le regardait avec une expression d'enthousiasme si total et si sincère qu'elle en devenait presque physiquement tangible.

North le regarda.

Papyrus le regarda.

Quelque chose dans l'univers retint son souffle.

— Impressionnant ? dit North lentement. Il inclina légèrement la tête, le menton toujours levé, l'orgueil qui se réveillait comme un réflexe conditionné. C'est le premier mot exact que tu aies dit.

Papyrus ouvrit la bouche. La referma. Puis la rouvrit avec une énergie redoublée.

— NYEH ?! TU... TU ES D'ACCORD QUE TU ES IMPRESSIONNANT ?!

— Je constate simplement les faits.

— C'EST EXTRAORDINAIRE ! D'HABITUDE LES HUMAINS SONT MODESTES ET ÇA M'ÉNERVE TELLEMENT ! LA MODESTIE C'EST BIEN MAIS IL FAUT AUSSI SAVOIR RECONNAÎTRE SA PROPRE GRANDEUR ! PAPYRUS LE SAIT TRÈS BIEN SUR CE POINT !

— Évidemment, dit North. Bien que je reste à évaluer dans quelle mesure ta grandeur est comparable à la mienne.

Nouveau silence.

Puis Papyrus pointa vers North un doigt osseux avec une expression de défi absolu et de joie totale mélangés en proportions égales.

— J'AIME CE HUMAIN ! SANS ! SANS VIENS VOIR ! IL Y A UN HUMAIN QUI ME COMPREND !

Sans arriva de nulle part — ou plutôt de derrière un coin de rue où il somnolait probablement depuis un moment indéterminé — les mains dans les poches de son blouson bleu, un sourire permanent sur le visage qui ne ressemblait pas du tout au sourire de Papyrus.

Il regarda North.

North le regarda.

C'était le genre de regard que Sans avait — pas agressif, pas chaleureux, juste attentif d'une façon qui donnait l'impression qu'il voyait exactement ce que vous aviez mangé au petit déjeuner et les trois dernières mauvaises décisions que vous aviez prises.

— hé, dit Sans.

— Bonjour, dit North.

— t'as l'air d'avoir eu une journée chargée.

— Ma journée va très bien.

— mmh.

Ce mmh contenait exactement la quantité parfaite de je-ne-te-crois-pas-mais-je-vais-pas-insister pour être simultanément inoffensif et parfaitement agaçant. North sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine — pas de la colère, pas tout à fait — quelque chose de plus proche de l'inconfort d'être lu par quelqu'un qu'on n'a pas autorisé à lire.

Papyrus, lui, n'avait rien remarqué de tout ça parce que Papyrus était déjà passé à la suite.

— MAINTENANT. TU VAS MANGER AVEC NOUS. C'EST NON NÉGOCIABLE. J'AI FAIT DES SPAGHETTIS ET ILS SONT EXCELLENTS COMME TOUJOURS —

— Je n'ai pas —

— NON NÉGOCIABLE.

North ouvrit la bouche.

La referma.

Chara, depuis la gauche, émit un son très discret qui ressemblait suspicieusement à un rire étouffé.

Le dîner fut une expérience.

La table était petite, couverte d'une nappe à carreaux, entourée de chaises dépareillées que Papyrus avait disposées avec une symétrie approximative et une fierté totale. Les spaghettis étaient... techniquement comestibles, dans le sens où ils étaient faits d'ingrédients reconnaissables assemblés dans un ordre qui avait dû sembler logique à leur créateur.

North en prit une bouchée.

Ne dit rien.

— ALORS ? dit Papyrus, les coudes sur la table, le menton dans les mains, les yeux brillants d'une attente absolue.

North mâcha. Déglutit.

— C'est... fait avec application, dit-il finalement.

Papyrus rayonna comme une étoile.

— NYEH HEH HEH ! TU VOIS SANS ! IL A BON GOÛT EN PLUS D'ÊTRE IMPRESSIONNANT !

Sans, qui n'avait pas touché à son assiette, regardait North avec ce sourire permanent qui ne disait rien et disait tout.

— t'aurais pu juste dire que c'était bon, tu sais.

— Ce n'est pas ce que j'ai dit.

— ouais. c'est ce que j'ai remarqué.

North posa sa fourchette. Se tourna vers Sans avec toute la dignité qu'il pouvait rassembler — ce qui était considérable.

— Je ne mens pas par politesse.

— non, dit Sans tranquillement. tu mens par orgueil. c'est différent.

Le silence tomba sur la table comme une assiette qu'on aurait lâchée.

Papyrus regardait alternativement son frère et North avec l'expression de quelqu'un qui sent que quelque chose vient de se passer mais ne sait pas exactement quoi. Frisk avait posé sa fourchette. Chara observait North avec cette attention nouvelle — pas scientifique cette fois. Quelque chose de plus proche de la reconnaissance.

North ne répondit pas.

Parce que répondre aurait demandé de démolir quelque chose qu'il n'était pas prêt à toucher.

Il reprit sa fourchette.

Mangea une autre bouchée de spaghettis approximatifs.

— Ils sont meilleurs que ce que j'aurais fait, dit-il enfin. Très bas. Presque inaudible.

Papyrus ne l'entendit pas — ou peut-être qu'il fit semblant de ne pas entendre pour ne pas embarrasser North, ce qui aurait supposé une subtilité qu'on n'attendait pas forcément de lui.

Mais Sans l'entendit.

Et pour la première fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés, le sourire permanent du petit squelette changea légèrement. Devint quelque chose de moins ironique et de plus réel.

Juste une seconde.

Plus tard — après le dîner, après que Papyrus eut insisté pour montrer à North toute sa collection de puzzles en kit avec un enthousiasme qui n'admettait aucune objection, après que Frisk eut silencieusement proposé à North un dessin qu'il avait fait dans la journée et que North avait accepté sans savoir quoi en faire et l'avait glissé dans sa poche sans commenter —

North se retrouva seul sur le pas de la porte.

L'air de la nuit était doux. Les étoiles au-dessus de la montagne Ebott étaient nombreuses — les monstres avaient appris à les regarder depuis que la surface leur était revenue, et certains d'entre eux passaient encore des heures entières à les compter comme pour s'assurer qu'elles étaient vraiment là.

North leva les yeux vers elles.

Sortit le dessin de Frisk de sa poche. Le regarda dans la faible lumière. C'était lui — reconnaissable malgré le style enfantin, les cheveux dorés un peu trop jaunes, les yeux bleus un peu trop grands — entouré des monstres autour de la table.

Dessiné comme s'il faisait partie du groupe.

Quelque chose dans la poitrine de North fit un mouvement qu'il n'autorisa pas à aller plus loin.

Il replia le dessin soigneusement. Le remit dans sa poche.

— C'est difficile pour toi, dit Chara depuis derrière lui.

North ne se retourna pas.

— Je ne sais pas de quoi tu parles.

— Laisser les gens s'approcher. Chara vint se placer à côté de lui, les bras croisés, le regard vers les étoiles. Tu trouves toujours le bon mot pour tenir les gens à distance. Juste assez poli pour qu'ils ne partent pas. Juste assez froid pour qu'ils n'entrent pas.

— C'est une analyse non sollicitée.

— Je sais. Un temps. Mais je suis curieux, North. Et les choses qui me rendent curieux ont tendance à être importantes.

North tourna légèrement la tête vers eux.

— Pourquoi tu me regardes comme si tu attendais quelque chose ?

Chara ne sourit pas. Ne fit pas de commentaire ambigu. Pour une fois, ils furent simplement directs — et cette franchise soudaine était presque plus déstabilisante que tout le reste.

— Parce que quelque chose arrive. Je ne sais pas encore quoi exactement. Leurs yeux rouge sombre croisèrent les yeux bleus de North. Mais ça te concerne. Et j'ai l'impression que tu devrais te préparer.

North regarda Chara longtemps.

— Tu parles par énigmes.

— Non. Chara se détourna vers la montagne, là-haut, sombre et silencieuse sous les étoiles. Je parle d'instinct. Et mon instinct me dit que la paix que tu commences à trouver ici...

Ils n'achevèrent pas la phrase.

Ils n'en avaient pas besoin.

North regarda la montagne lui aussi.

Et ne dit rien.

À suivre — Chapitre 4 : Le sourire qui traverse les mondes

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