Ficool

Chapter 5 - Chapitre 4: Le sourire qui traverse les mondes

NEPHILIMTALE

Chapitre 4 — Le sourire qui traverse les mondes

Ça commença par les fleurs.

Celles de Toriel — les petites fleurs violettes qu'elle cultivait sur le rebord de sa fenêtre avec une patience et une tendresse qui témoignaient de quelqu'un qui avait appris à prendre soin des choses fragiles. Elles se mirent à trembler. Pas à cause du vent — il n'y avait pas de vent ce matin là. Elles tremblèrent comme si le sol sous elles avait oublié pendant une fraction de seconde d'être solide.

Toriel s'arrêta de lire.

Regarda ses fleurs.

Les fleurs s'arrêtèrent de trembler.

Elle fronça les sourcils, tourna une page, et décida que ce n'était rien.

Dans la ville au pied de la montagne, Papyrus était en train d'expliquer à un groupe de jeunes monstres les subtilités de son nouveau puzzle — une création particulièrement ambitieuse qui impliquait seize pièces mobiles et une logique que lui seul comprenait vraiment — quand il s'arrêta net au milieu d'une phrase.

Les jeunes monstres le regardèrent.

Papyrus regardait le ciel.

Pas parce qu'il y avait quelque chose à voir. Mais parce que quelque chose dans l'air avait changé — une texture, une pression invisible, comme quand l'atmosphère retient son souffle avant un orage.

— NYEH... dit Papyrus lentement, ce qui était inhabituel parce que Papyrus ne disait presque jamais nyeh lentement.

Puis ça passa. L'air redevint normal. Le ciel resta bleu.

Papyrus secoua la tête et reprit son explication avec un enthousiasme intact.

Sans était appuyé contre le mur de leur maison, les yeux mi-clos, dans cet état intermédiaire entre dormir et ne pas dormir qu'il avait élevé au rang d'art de vivre.

Il ne dormait pas.

Il sentit la perturbation comme on sent une vibration dans le sol — pas avec les oreilles, pas avec les yeux, avec quelque chose de plus profond et de moins nommable. Une fréquence qui ne correspondait à rien de ce qu'il connaissait dans ce monde.

Ses yeux s'ouvrirent complètement.

Ce qui, pour Sans, était l'équivalent d'une alarme à pleine puissance.

Il regarda la montagne Ebott. La montagne qui se dressait là, silencieuse, indifférente, comme toujours.

Quelque chose en descendait.

Pas de façon précipitée. Pas de façon violente. Tranquillement. Avec la patience de quelqu'un qui sait qu'il a tout son temps parce que le résultat est déjà décidé.

Sans remit les mains dans ses poches.

— hm, dit-il à personne en particulier.

Chara se réveilla en sursaut.

Ce qui ne leur arrivait jamais — Chara ne sursautait pas, Chara était toujours en avance sur les choses, toujours un demi-pas devant la réalité avec ce sourire qui disait j'avais prévu ça.

Mais là.

Là ils étaient assis dans le noir de la chambre de Frisk, le souffle court, les yeux grands ouverts sur quelque chose que personne d'autre ne voyait.

Frisk se redressa à côté d'eux, immédiatement éveillé, la main tendue vers eux dans l'obscurité.

— C'est lui, dit Chara. Leur voix était basse. Pas effrayée — Chara n'avait pas vraiment peur des choses, ils avaient dépassé ce stade depuis longtemps. Mais prudente. Très prudente. Ce que je sentais arriver. C'est lui. Il est là.

Frisk ne demanda pas qui.

Frisk se leva, attrapa sa veste, et tendit la main à Chara.

North dormait.

Ou essayait de dormir — ce qui n'était pas la même chose. Il était allongé sur le lit que Toriel lui avait préparé avec une attention méticuleuse, les bras croisés sur la poitrine, les yeux fixés au plafond, en train de penser à des choses qu'il refusait d'appeler ce qu'elles étaient.

Il pensait au dessin de Frisk dans sa poche.

Il pensait à ce que Sans avait dit — tu mens par orgueil — et à la façon dont ces quatre mots continuaient de tourner dans sa tête comme une phrase qu'on ne sait pas où ranger.

Il pensait à —

Il s'arrêta.

Se redressa lentement.

Quelque chose avait changé dans l'air de la chambre. Imperceptible. La façon qu'a l'atmosphère de se modifier juste avant que quelque chose d'important se produise — comme si la réalité elle-même prenait une grande inspiration.

Et au fond de lui, dans cet endroit qu'il n'avait pas encore de nom pour appeler, quelque chose se réveilla.

Pas sa détermination. Pas ses compétences.

Quelque chose de plus vieux. De plus viscéral.

De la reconnaissance.

Tanar traversa les Ruines comme s'il s'y promenait depuis toujours.

Il n'avait pas de carte. Il n'en avait pas besoin — son instinct de Hacker lisait le monde comme d'autres lisent une page, les structures invisibles des choses se dépliaient devant lui comme un texte parfaitement clair. Il voyait les fils. Il voyait les coutures. Il voyait exactement comment ce monde était assemblé et exactement où appuyer pour le faire trembler.

Il n'appuyait pas.

Pas encore.

Il marchait. Les mains dans les poches. Le sourire en place — doux, ouvert, le genre de sourire qui inspire confiance parce qu'il ressemble à de la bienveillance et que personne ne pense à regarder ce qu'il y a derrière.

Les Ruines glitchaient légèrement sur son passage.

De petites choses. Des coins de murs qui se fragmentaient en pixels pendant une fraction de seconde avant de se recomposer. Des ombres qui se décrochaient brièvement de leurs objets. Un couloir qui trembla imperceptiblement, comme une image mal fixée sur un écran.

Tanar ne les regardait pas.

Ce n'était pas intentionnel — ou du moins, pas totalement. C'était simplement ce qui se passait quand il traversait un espace auquel il n'appartenait pas encore. Le monde qui résistait. Le monde qui essayait de l'expulser comme un corps étranger.

Il sourit un peu plus.

Essaie.

Il sortit des Ruines au moment où le soleil de la surface commençait à peindre le ciel en orange.

S'arrêta.

Leva les yeux vers la lumière du matin — cette lumière qu'il n'avait pas vue depuis longtemps, dans son monde à lui où il ne restait plus grand chose à éclairer.

Elle était belle.

Il la regarda avec la même sérénité tranquille qu'il avait eue au milieu des ruines de Hotland. Cette capacité à trouver les choses belles sans que ça change quoi que ce soit à ce qu'il était venu faire.

Puis il baissa les yeux vers la ville.

Petite. Colorée. Vivante — bruyante déjà malgré l'heure matinale, avec des monstres qui ouvraient leurs fenêtres et des enfants qui couraient entre les maisons et des rires qui portaient loin dans l'air frais.

Tanar les regarda.

Les catalogua.

Et quelque part dans cette ville — il le sentait comme on sent la chaleur d'un feu avant de le voir — North était là.

— Me voilà, dit Tanar doucement, pour lui-même, pour personne, pour North qui ne pouvait pas encore l'entendre.

Le sourire tint.

Un mur derrière lui glitcha violemment — une grande section qui disparut pendant deux secondes complètes, révélant derrière elle quelque chose de noir et de vide — avant de se recomposer dans un silence absolu.

Tanar ne se retourna pas.

Ce fut Undyne qui le vit en premier.

Elle revenait de son entraînement matinal — en sueur, satisfaite, avec cette énergie débordante qui lui était aussi naturelle que respirer — quand elle faillit rentrer dedans au coin d'une rue.

Elle recula d'un pas. Le regarda.

Humain. Jeune. Souriant — ce sourire tranquille et constant qui ne bougeait pas tout à fait comme les sourires normaux bougent.

— Hé ! dit Undyne, avec son volume habituel qui était environ le double de ce que la situation nécessitait. T'es qui toi ? J'te connais pas !

— Non, dit Tanar agréablement. Pas encore.

Undyne plissa son œil valide. Quelque chose dans ce gars lui donnait une impression bizarre — pas hostile, pas menaçante, juste bizarre. Comme une note de musique légèrement fausse dans une mélodie par ailleurs normale. Suffisamment subtile pour qu'on hésite à la signaler. Suffisamment réelle pour qu'on ne puisse pas l'ignorer complètement.

— T'es nouveau ? T'arrives d'où ?

— De loin, dit Tanar. Il regarda autour de lui avec l'air sincèrement admiratif de quelqu'un qui découvre un endroit pour la première fois. C'est beau ici. Tout le monde a l'air... heureux.

Ce dernier mot avait quelque chose. Une légèreté particulière. Pas du sarcasme — ou si c'en était, c'était fait avec une précision si chirurgicale qu'Undyne ne pouvait pas l'attraper.

Elle croisa les bras.

— Ouais. On est heureux. Et alors ?

— Alors rien, dit Tanar. Il sourit un peu plus. C'est bien. Le bonheur mérite d'être... observé.

Undyne le regarda encore une seconde.

Puis elle décida — parce qu'Undyne prenait ses décisions vite et avec conviction — que ce gars était bizarre mais pas dangereux, et que si ça s'avérait être une erreur elle le réglerait à sa façon habituelle.

— T'as mangé ? dit-elle.

— Pas encore.

— Viens. Alphys fait des œufs le matin et elle en fait toujours trop.

Tanar inclina la tête poliment.

— Avec plaisir.

Et il suivit Undyne dans la ville, les mains dans les poches, le sourire en place, en regardant chaque maison, chaque rue, chaque monstre avec cette attention douce et totale.

En cherchant.

North descendit les escaliers de la maison de Toriel et s'arrêta net sur la dernière marche.

Chara était dans l'entrée. Frisk à côté d'eux. Ils le regardèrent tous les deux — Frisk avec cette expression ouverte et grave qui signifiait quelque chose d'important, Chara avec quelque chose de rare sur le visage.

De l'inquiétude.

Vraie. Non dissimulée.

North les regarda alternativement.

— Qu'est-ce qui se passe, dit-il. Ce n'était toujours pas une question — c'était sa façon de demander sans avoir l'air de demander.

— Il est là, dit Chara.

North sut immédiatement de qui ils parlaient.

Il ne sut pas comment il le sut. Peut-être que c'était la reconnaissance qu'il avait sentie cette nuit, ce quelque chose de viscéral et d'ancien. Peut-être que c'était simplement logique — Berliet n'avait pas dit si, Berliet avait dit quand.

Peut-être que quelque part, une partie de lui l'avait toujours su.

Il posa une main sur le mur. Pas pour se soutenir — juste pour sentir quelque chose de solide sous ses doigts.

— Où ? dit-il.

Chara ouvrit la bouche.

Et à cet instant précis le mur sous la main de North glitcha.

Une seconde. Deux. Le plâtre se fragmenta en pixels lumineux qui se dispersèrent dans l'air de l'entrée comme des étincelles avant de disparaître, laissant le mur intact, parfaitement normal, comme si rien ne s'était passé.

Tous les trois regardèrent l'endroit où ça s'était produit.

Le silence de l'entrée sonna différemment qu'avant.

— Dans la ville, dit finalement Chara. Très bas. Il sourit. Et North...

Ils s'arrêtèrent.

North les regarda.

— Il te cherche.

À suivre — Chapitre 5 : Face à face

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