Ficool

Chapter 3 - Chapitre 2 Ce qui reste des cendres

NEPHILIMTALE

Chapitre 2 — Ce qui reste des cendres

Il n'y avait plus de vent.

Le vent avait disparu en même temps que tout le reste — en même temps que les voix, les pas, les rires maladroits des monstres qui peuplaient autrefois ces couloirs. La ville de Hotland n'était plus qu'une succession de machines éteintes et de lave refroidie, silencieuse comme une bouche qui a oublié comment parler.

Tanar était assis sur ce qui avait été un banc.

Il souriait.

Pas de façon forcée. Pas de façon hystérique. C'était un sourire doux, presque tendre, le genre qu'on pose sur un souvenir qu'on trouve beau malgré tout. Ses jambes croisées, une main posée sur le genou, il regardait les décombres autour de lui avec la sérénité tranquille d'un homme qui visite un musée.

Un musée qu'il avait lui-même contribué à vider.

À ses pieds, la poussière d'or s'était accumulée en petits tas que le manque de vent ne dispersait plus. Chaque grain avait été quelqu'un. Chaque petit tas avait eu un nom, une voix, une façon particulière de rire ou de pleurer.

Tanar ne regardait pas les tas.

Il regardait l'horizon de pierre rouge, là où la lumière artificielle de Hotland baignait encore les murs d'une teinte orange qui ressemblait presque à un coucher de soleil.

Presque.

— Tu sais, dit-il dans le silence, et sa voix porta parfaitement dans le vide, douce et claire comme une lame propre, j'aurais pensé que ça ferait plus d'effet.

Personne ne répondit. Il n'y avait plus personne pour répondre.

Tanar inclina légèrement la tête.

— Mais non. C'est juste... calme. Un temps. J'aime bien le calme.

Son sourire ne bougea pas. Pas d'un millimètre. Pas d'une fraction.

C'était ça le plus effrayant.

Il se leva sans hâte, les mains dans les poches, et marcha entre les décombres avec la désinvolture de quelqu'un qui se promène dans un parc un dimanche matin. Ses pas ne faisaient presque aucun bruit. Ici et là, les murs glitchaient — de petites fractures dans la réalité, des pixels de l'univers qui se décrochaient comme de la peinture sur un mur humide, révélant en dessous quelque chose de noir et de vide.

Tanar en toucha un du bout des doigts.

Le mur trembla. Se fragmenta légèrement. Des lignes de code apparurent dans l'air comme des veines lumineuses avant de se dissoudre.

Il retira sa main.

Le sourire tint.

Il connaissait ce sentiment — cette façon qu'avait le monde de se dérober sous lui quand il ne se sentait pas appartenir à l'endroit où il se trouvait. Autrefois ça le terrifiait. Cette instabilité, cette sensation d'être un corps étranger que la réalité essayait d'expulser.

Maintenant.

Maintenant il s'en servait.

Ce fut au milieu du Palais du Roi — ou ce qu'il en restait — que la voix se fit entendre.

Pas dans ses oreilles. Dans quelque chose de plus profond, plus central, quelque chose qui n'avait pas de nom anatomique mais que Tanar reconnut immédiatement comme la partie de lui qui savait.

— Tu t'ennuies.

Tanar s'arrêta.

Son sourire ne disparut pas. Mais quelque chose dans ses yeux changea — une attention nouvelle, aiguisée, celle d'un animal qui vient d'entendre un son inhabituel dans une forêt qu'il croyait connaître.

Il regarda autour de lui.

Berliet était là.

Assis sur ce qui avait été le trône d'Asgore — le métal tordu, le velours brûlé — avec la posture désinvolte de quelqu'un qui s'installe dans un fauteuil qu'il considère comme le sien depuis toujours. Il n'avait pas l'air d'avoir traversé quoi que ce soit pour arriver là. Il était simplement... là. Comme si le monde avait décidé qu'il y serait et n'avait pas jugé utile de demander la permission.

— Façonneur, dit Tanar. Poli. Presque cordial. Je ne t'avais pas invité.

— Non, admit Berliet. Il croisa les jambes avec élégance. Mais tu ne m'aurais pas invité de toute façon, alors nous aurions perdu tous les deux un temps précieux.

Tanar l'observa un moment. Ce regard calme, ce sourire constant — Berliet était l'un des rares êtres que Tanar ne parvenait pas à lire complètement. Et les choses qu'il ne parvenait pas à lire le fascinaient autant qu'elles l'irritaient.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Ce que je veux ? Berliet sembla considérer la question avec un intérêt sincère. Rien. Je suis simplement venu voir. Il laissa son regard parcourir les ruines du palais, les murs éventrés, la poussière d'or sur le sol de marbre. Tu as été occupé.

— Efficace, corrigea Tanar doucement.

— Efficace. Berliet sourit. C'est un mot intéressant. Pour quelqu'un qui dit ne plus rien ressentir, tu as mis... une certaine énergie dans tout ça.

Le silence qui suivit fut bref. Tanar ne mordit pas à l'hameçon — ou du moins, il fit semblant de ne pas mordre, ce qui revenait presque au même.

— Tu es venu me psychanalyser dans mes ruines, Berliet ? Je suis touché.

— Non. Berliet se leva du trône avec cette fluidité particulière qu'ont les êtres qui n'ont pas vraiment de poids. Je suis venu te montrer quelque chose.

Il tendit la main.

Dans sa paume, quelque chose apparut — une image, floue d'abord, qui se précisa lentement. Des Ruines. Des fleurs jaunes. Une lumière dorée. Et au milieu de tout ça, une silhouette aux cheveux blond doré qui regardait autour d'elle avec cet orgueil caractéristique, ce menton légèrement levé qui voulait dire je ne suis pas perdu du tout.

Les yeux de Tanar se posèrent sur l'image.

Et pour la première fois depuis longtemps — une fraction de seconde, à peine — le sourire changea.

Pas beaucoup.

Juste assez.

— North, dit-il. Pas comme une question. Comme un constat. Comme quelqu'un qui prononce un nom qu'il a passé du temps à ne pas prononcer et qui découvre que ça fait encore quelque chose.

— Il est dans un autre monde, dit Berliet. Pacifiste. Les monstres vivent. Frisk a réussi. Tout le monde est heureux. Il fit une pause. Lui aussi essaie d'être heureux.

Tanar ne dit rien.

Berliet continua, et sa voix prit cette teinte particulière — pas cruelle, pas douce non plus, quelque chose entre les deux qui ressemblait à de la curiosité sincère.

— Je me demandais juste... est-ce que tu le laisses faire ? Il referma la main. L'image disparut. Ou est-ce que toi tu as quelque chose à lui dire ?

Le silence dura longtemps.

Assez longtemps pour que Berliet sache que la question avait atteint exactement l'endroit qu'il visait.

Tanar regardait l'endroit où l'image avait été. Ses mains — toujours dans ses poches — s'étaient légèrement crispées. Imperceptiblement. Le genre de détail que personne d'autre n'aurait vu.

Berliet le vit.

Puis Tanar sourit — et cette fois c'était différent. Plus large. Plus froid. Le sourire de quelqu'un qui vient de prendre une décision et qui trouve cette décision parfaitement raisonnable.

— Montre-moi le chemin.

Berliet inclina la tête.

— Je pensais bien que tu dirais ça.

La fracture apparut dans le mur du palais — une ligne verticale de lumière blanche qui s'élargit lentement, découpant dans la réalité une porte que personne n'avait construite. De l'autre côté on devinait quelque chose de différent. De l'air qui circulait. De la pierre ancienne. L'écho lointain d'une vie qui continuait.

Tanar s'avança vers elle.

S'arrêta sur le seuil.

Se retourna une dernière fois vers son monde — les ruines, la poussière, le silence absolu qu'il avait fabriqué de ses propres mains.

— Au revoir, dit-il poliment.

Et il traversa.

Dans les Ruines du monde de North, à des couloirs et des couloirs de là — Chara s'arrêta net au milieu d'une phrase.

Frisk leva les yeux vers eux.

Chara ne regardait rien. Ou plutôt regardait quelque chose que Frisk ne pouvait pas voir — quelque chose qui venait de changer dans la texture de l'air, dans l'équilibre invisible des choses.

Quelque chose venait d'entrer dans leur monde.

Et ce quelque chose n'était pas North.

— Frisk, dit Chara lentement, et pour une fois le sourire ambigu avait disparu, remplacé par quelque chose de plus nu, de plus direct. Tu te souviens que je t'ai dit qu'il y avait des choses que même moi je préfère éviter ?

Frisk hocha la tête.

— Ça vient d'entrer par le haut de la montagne.

À suivre — Chapitre 3 : Deux orgueil, une table

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