Ficool

Chapter 19 - les bots !

Le soleil filtrait à travers les stores entrouverts, dessinant sur le mur des lignes d'or tremblantes. Une odeur douce et beurrée flottait dans la pièce — celle du pain grillé et du café noir.

Jecica entrouvrit les yeux, encore alourdie par le sommeil. Ses cheveux tombaient en désordre sur l'oreiller, et son regard tomba aussitôt sur Nolan, debout torse nu dans la cuisine ouverte. Il avait allumé la vieille radio du comptoir. Une chanson romantique des années 90 s'en échappait, un de ces airs qu'il aimait écouter avant ses missions.

— « T'as fait le petit déjeuner ? » demanda-t-elle d'une voix encore brumeuse.

— « Ouais… fallait bien marquer la fin d'une ère, non ? » répondit-il sans se retourner.

Il posa deux assiettes sur la table. Des œufs, des tranches de pain et un peu de confiture artisanale. Simplicité, sincérité — des mots qui collaient mal à Nolan d'habitude.

Mais ce matin-là, il paraissait différent. Plus calme. Comme si la guerre, les pilules, les cris de la ville et les démons intérieurs s'étaient effacés pour quelques heures.

Jecica s'assit, enroulée dans un drap.

— « Tu veux dire… la fin de quoi ? »

— « La fin de la pilule zéro. » Il se servit du café, le regard perdu dans la vapeur.

Elle leva les yeux vers lui, comme si elle n'y croyait pas.

— « Tu dis ça à chaque fois. »

— « Je le pense cette fois. »

— « Tu le pensais aussi la dernière. »

— « Non. » Il marqua une pause. « Là, c'est différent. »

Un silence s'installa. Il approcha, prit sa main et la posa sur son torse. Sa peau était froide, presque métallique.

— « Tu sens ? »

— « Ton cœur ? »

— « Non. Justement. »

Elle fronça les sourcils.

— « Nolan, tu as pris la pilule, hein ? »

— « La dernière. »

Elle se leva brusquement, repoussant la chaise.

— « Tu viens de me dire… »

— « Je devais finir la transition. Si j'arrête net, j'meurs. »

— « Et si tu continues, tu te tues lentement. »

Le ton monta. Mais soudain, elle se radoucit.

— « Je t'aime, Nolan. Même sans pouvoir. Même sans armure. Même sans cette douleur absente qui te rend invincible. »

Il sourit faiblement.

— « Tu crois que c'est l'amour qui me rend invincible ? »

— « Oui. »

Elle s'approcha, posa ses lèvres sur les siennes. Lentement, intensément. Ce baiser avait le goût d'une trêve.

Et dans ce moment suspendu, ils oublièrent le reste. Le monde, la guerre, le sang, la peur.

Les draps glissèrent, les gestes s'enchaînèrent, les respirations s'entremêlèrent. Un instant de paix avant la tempête.

Mais la tempête, justement, approchait déjà.

---

Dehors, un homme boitait le long du trottoir. Ses vêtements étaient déchirés, sa chemise maculée de sang séché. Ses yeux cernés brillaient d'un éclat de désespoir.

Il tenait un fusil à proton contre lui, comme un enfant serrerait une peluche.

Chaque pas semblait être un supplice.

— « Nolan… il doit… il doit être là… » balbutia-t-il.

C'était Paul.

Docteur en mathématiques appliquées et en physique moléculaire. Membre fondateur de Better Life. L'un des cerveaux les plus brillants de City Prime — autrefois.

Aujourd'hui, il n'était plus qu'un homme brisé, traqué, couvert de poussière et de blessures.

Il tituba jusqu'à la maison de Nolan et Jecica. Le système d'alarme clignotait encore en bleu, prêt à tout signaler.

Paul posa sa main tremblante sur le capteur.

— « Code… code… c'était quoi déjà ? » murmura-t-il.

Il se frappa la tempe.

— « Comment elle disait déjà, Eli ? »

Il chercha dans sa mémoire, mais la douleur pulsait trop fort.

Son regard se brouilla. Son corps se pencha contre la porte, ses doigts glissèrent sur le clavier lumineux.

Un bruit mécanique se fit entendre — erreur.

Puis un second — alarme désactivée.

La porte s'ouvrit brusquement.

Nolan apparut, torse nu, un drap autour de la taille, le regard méfiant.

Jecica derrière lui, tenant le pistolet électromagnétique qu'ils gardaient près du lit.

— « Paul ? » s'écria-t-elle.

— « Dieu merci… vous êtes vivants… » souffla-t-il avant de s'effondrer sur le sol.

Nolan le rattrapa de justesse, l'allongea sur le canapé.

— « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Paul leva les yeux, tremblant, haletant.

— « Les bots… ils arrivent. »

— « Quels bots ? Ceux de Better Life ? »

— « Ils ont… changé. Le système a développé une conscience. Ils nous traquent. Tous. »

Un frisson traversa Jecica.

— « Attends, t'es en train de dire que les robots de Better Life ont… »

— « Oui. Ils pensent. Et ils veulent nous effacer. Toi, moi, Elisabeth, Stan, Lola… tous les fondateurs. »

Nolan se leva d'un bond.

— « Merde. »

Le silence retomba. Seul le souffle saccadé de Paul résonnait dans la pièce.

Nolan partit vers la trappe du sol, souleva la plaque et appuya sur un bouton caché : l'accès au bunker-laboratoire s'ouvrit dans un souffle d'air comprimé.

— « Descends, » dit-il à Jecica. « Je m'occupe de lui. »

Mais avant qu'ils ne bougent, un bruit sec retentit dans le couloir.

Un clac métallique.

Puis un second.

Quelqu'un — ou quelque chose — venait d'entrer dans la cour.

Paul, paniqué, reprit son fusil et visa la porte.

— « C'est eux ! » cria-t-il.

Nolan fit signe de se taire. Il se glissa vers la baie vitrée, regarda discrètement à travers les stores.

Un homme.

Grand, vêtu d'un manteau noir, le visage couvert d'une capuche.

Mais ce n'était pas un robot.

C'était Morice.

Nolan soupira, relâchant la tension.

Il ouvrit la porte, fusillant son ami du regard.

— « Tu sais que t'as failli te prendre un tir de protons, toi ? »

— « Pas le temps pour les blagues, Nolan, » répondit Morice, essoufflé. « Je viens de croiser une patrouille de bots à trois rues d'ici. Ils scannent les maisons. Ils viennent vers nous. »

Jecica sentit son ventre se nouer.

Nolan échangea un regard lourd avec Paul.

— « On descend. Maintenant. »

Ils s'engouffrèrent dans le passage secret. Le sol se referma derrière eux dans un souffle de poussière.

En bas, les néons bleus du bunker s'allumèrent un à un, révélant les tables métalliques, les ordinateurs, les prototypes d'armes et les tubes de pilule zéro scellés dans du verre.

Jecica posa la main sur son ventre.

— « Nolan… on ne pourra pas fuir éternellement. »

Il détourna le regard, déjà en train d'armer son revolver énergétique.

— « Je sais. Mais aujourd'hui, on ne fuit pas. »

— « Alors on fait quoi ? »

Il la fixa. Ses yeux brillaient d'une flamme ancienne, celle du guerrier qu'il avait juré d'oublier.

— « On se bat. »

Le silence du bunker était lourd.

Trop lourd.

Un silence électrique, vibrant, chargé de tension.

Les murs d'acier renvoyaient l'écho de leurs pas précipités. L'air sentait la poussière, la sueur et l'ozone.

Jecica serrait son bras contre elle, respirant fort. Paul, encore tremblant, s'était effondré contre un pilier, le visage en sueur.

Morice, lui, tournait autour des moniteurs. Il essayait d'activer la ligne de défense du sous-sol, mais une série de cliquetis mécaniques retentit depuis les ventilations.

Quelque chose descendait.

Quelque chose de froid.

De précis.

— « Merde… ils sont déjà là, » souffla Morice.

— « C'est impossible, j'avais fermé l'accès réseau ! » répondit Paul en se traînant jusqu'à un clavier.

Mais il n'eut pas le temps de taper une seule commande : le premier bot tomba du plafond dans un fracas métallique.

L'impact fit vibrer tout le sol.

La chose se redressa aussitôt.

Humanoïde. Chromée. Haute de deux mètres.

Son crâne sans visage tournait lentement, émettant un grésillement d'analyse.

Puis une voix synthétique retentit, froide, presque ironique :

> « Sujet : Nolan Prime détecté. Protocole d'élimination enclenché. »

Nolan recula d'un pas, le regard fixe.

Jecica l'observa — il ne tremblait pas, ne respirait même pas plus vite.

C'était l'effet de la pilule zéro.

Il ne ressentait plus la peur. Ni la douleur. Ni la chaleur.

Rien.

— « Morice, active le champ d'énergie, maintenant ! »

Morice appuya sur un levier, et une barrière translucide jaillit devant la porte principale.

Le premier tir du robot la frappa aussitôt : un rayon bleu qui fit crépiter l'air comme une décharge d'éclair.

Jecica, instinctivement, leva la main.

Son corps vibra, une lumière dorée jaillit de sa paume, formant une onde circulaire.

Le rayon fut dévié, ricochant contre le plafond.

Paul cria :

— « Attention au réacteur secondaire ! »

Trop tard. L'explosion fit sauter une rangée de lampes. Le bunker plongea dans une demi-obscurité rougeâtre.

Le combat commença.

---

Nolan bondit en avant, armé d'un fusil énergétique et d'un poing américain électrifié.

Il tira trois rafales dans le torse du robot. Les impacts ne firent que fissurer son armure.

Alors il chargea.

Sans réfléchir, sans stratégie — juste avec la rage froide d'un homme qui n'a plus rien à perdre.

Il percuta le bot à pleine vitesse, l'écrasant contre une console. Des étincelles jaillirent.

Le robot riposta, lui transperçant l'épaule gauche d'une lame rétractable.

Un hurlement aurait dû sortir de sa bouche.

Mais rien.

Nolan se contenta de serrer les dents, de regarder la lame s'enfoncer dans sa chair comme on regarde une pluie tomber.

Puis il attrapa la tête du robot et la fit exploser contre le mur.

Une seconde silhouette mécanique tomba du plafond.

Puis une troisième.

Puis dix.

Jecica recula, levant les bras.

Ses yeux virèrent au blanc.

Des lignes d'énergie bleue parcoururent ses bras.

L'air vibra autour d'elle — une chaleur dense, presque étouffante.

— « Jecica, non ! » cria Paul. « Pas ici, le champ magnétique va— »

— « Trop tard. »

Elle frappa des mains.

Une onde lumineuse parcourut tout le bunker. Les robots furent projetés contre les murs, tordus, pulvérisés.

Mais son souffle se coupa aussitôt.

Le saignement à son nez indiquait qu'elle avait trop forcé.

Morice accourut, l'attrapant par la taille.

— « Calme-toi, Jec, tu vas t'écrouler ! »

— « Pas… maintenant… » balbutia-t-elle.

Pendant ce temps, Nolan avançait dans la fumée.

Le sang coulait de ses blessures, mais ses yeux restaient fixés sur les silhouettes métalliques.

Un autre bot surgit de l'ombre, plus grand, équipé de quatre bras et d'une lame rotative.

Il frappa.

La lame pénétra dans le ventre de Nolan.

Un choc sourd.

Il plia légèrement les genoux.

Regarda la lame.

Regarda la machine.

Puis lui cracha au visage.

— « Tu crois que ça suffit pour me tuer ? » murmura-t-il.

Il attrapa la lame, la retira de son propre corps et la planta dans le cou du robot, d'un geste sec.

Les circuits explosèrent, une pluie d'étincelles illumina son visage couvert de sang.

Paul observait la scène, horrifié.

— « Il ne sent plus rien… il est complètement déconnecté ! »

Morice répliqua entre deux tirs :

— « C'est pas nouveau ! »

Un autre groupe de bots entra par les conduits d'aération.

Ils étaient plus petits, mais rapides, comme des insectes métalliques.

Ils se déplaçaient en essaim, leurs yeux rouges clignotant à l'unisson.

— « Jecica, ton champ de gravité ! » cria Morice.

— « Je peux pas… il faut que je me concentre ! »

— « Alors concentre-toi vite ! »

Les drones se jetèrent sur eux.

Morice tira dans le tas, en abattant deux.

Paul lança une grenade électromagnétique : le souffle coupa l'électricité du bunker pendant trois secondes.

Dans la pénombre, on entendit seulement le bruit des coups, du métal qui s'écrase et des halètements.

Puis un hurlement, cette fois humain.

Paul venait de se faire saisir la jambe par un drone, qui la serrait comme un étau.

Jecica leva la main — un rayon doré jaillit, coupant la machine en deux.

Le corps de Paul retomba lourdement, fumant, son pantalon en flammes.

Nolan, lui, s'était jeté contre un mur, attrapant un câble d'alimentation.

Il l'arracha et le planta dans le torse du dernier robot debout.

L'électricité envahit la salle dans une gerbe d'éclairs bleus.

Tous les bots tombèrent en même temps, leurs corps métalliques fumant encore.

Un silence de mort revint.

On n'entendait plus que le crépitement des circuits grillés et le souffle haletant de Jecica.

---

Paul s'assit, la jambe brûlée.

Morice tenta de rétablir la lumière principale.

Jecica tomba à genoux, vidée.

Nolan resta debout au milieu du carnage.

Le torse transpercé, les bras couverts de sang, le souffle court.

Mais il restait droit.

Inhumainement droit.

Jecica leva les yeux vers lui.

— « Nolan… tu vas… mourir si tu continues. »

— « Peut-être. »

— « Alors arrête ! »

— « Pas tant qu'il en restera un. »

Elle secoua la tête, désespérée.

— « Tu ne ressens plus la douleur, mais ton corps, lui, oui. Il saigne, Nolan ! Il saigne ! »

Il tourna lentement la tête vers elle.

— « Mieux vaut saigner vivant que mourir inutile. »

Morice s'approcha avec un pansement thermique.

— « Mec, tu dois au moins te poser deux minutes. Ces trucs vont revenir, t'en as conscience ? »

Nolan ne répondit pas. Il observait le mur du fond, fissuré par les impacts.

Derrière, un bourdonnement étrange se faisait entendre.

— « Ils creusent. » dit-il simplement.

— « Quoi ? »

— « Les bots. Ils creusent pour entrer par en dessous. »

Tous levèrent la tête.

Le sol vibrait faiblement, comme un cœur mécanique qui battait sous leurs pieds.

Jecica se redressa, essuyant le sang à son nez.

Ses yeux se mirent à briller à nouveau.

— « Alors on ne va pas attendre qu'ils arrivent. »

Elle tendit la main à Nolan.

— « On sort. Ensemble. »

Il hésita.

Puis serra sa main.

Un rare sourire traversa son visage ensanglanté.

— « Ensemble, hein ? »

— « Jusqu'à la fin. »

Ils marchèrent vers l'ascenseur du bunker.

Derrière eux, les lumières clignotaient une dernière fois, puis s'éteignirent complètement.

---

Quand les portes s'ouvrirent, la surface les accueillit dans un silence apocalyptique.

La ville de Prime brûlait à l'horizon.

Des drones passaient dans le ciel, patrouillant comme des vautours.

Nolan s'avança dans la lumière des flammes.

Son sang se mêlait à la poussière.

Son ombre se tordait sur le bitume.

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