Ficool

Chapter 21 - Elisabeth winchester !

Le moteur de la Fortress gronda une dernière fois avant de s'éteindre. Le silence du bunker leur tomba dessus comme une chape de plomb. Les murs semblaient vivants, imprégnés de vibrations mécaniques. Nolan, Jecica, Morice et Paul sortirent du véhicule, la sueur perlant sur leurs visages. L'air sentait le métal et la rouille.

Paul ouvrit la marche, la mallette serrée contre lui, comme s'il portait quelque chose de vivant à l'intérieur. Il avançait vite, sans dire un mot, ses pas claquant sur le béton.

— « C'est ici qu'on sera en sécurité, » finit-il par dire, la voix basse, un peu trop calme pour être rassurante.

Nolan fronça les sourcils. « Sécurité ? Dans une base militaire désaffectée au milieu de nulle part ? Tu veux qu'on te croie ? »

Paul ne répondit pas. Il s'arrêta devant une lourde porte métallique. Un scanner oculaire se déploya du mur. Il posa son œil contre la lentille, et le système répondit par un bip. La porte s'ouvrit lentement, libérant une lumière bleutée.

La salle à l'intérieur ressemblait à un laboratoire miniature. Des câbles pendaient du plafond, reliés à une grande machine circulaire couverte de symboles lumineux. Des écrans diffusaient des schémas étranges — certains affichaient des fractales, d'autres des coordonnées dimensionnelles.

Morice plissa les yeux.

— « Dis-moi pas que… tu bosses encore sur les projets de Butter Life ? »

Paul esquissa un sourire nerveux.

— « On n'a jamais arrêté. Seulement, on a continué ailleurs. »

Nolan s'approcha du cercle de lumière, scrutant les lignes qui pulsaient lentement, comme un cœur vivant.

— « Qu'est-ce que c'est, Paul ? »

— « Un passage. Une porte entre les mondes. »

Le mot monde résonna dans la pièce. Jecica serra la main de Nolan. Elle sentit son cœur battre à tout rompre.

— « Une porte vers quoi ? »

Paul prit une longue inspiration. « Vers elle. »

Un silence. Puis il posa la mallette sur la table, l'ouvrit, et en sortit trois QSB.

— « Chacun de nous avait une partie du code. Moi, toi, Elisabeth, Lola, Stan. Quand elle a disparu, le système de Butter Life a été corrompu… mais j'ai découvert quelque chose. »

Il activa les QSB : trois rayons de lumière se croisèrent au centre du cercle, formant une silhouette holographique… féminine.

C'était Elisabeth Winchester.

Même floue, même tremblée par l'interférence, sa voix était reconnaissable.

> « Paul… tu m'entends ? »

Morice recula d'un pas, stupéfait.

— « Bordel… c'est quoi ça ? »

— « Un enregistrement ? » demanda Nolan, la gorge sèche.

Paul secoua la tête.

— « Non. C'est elle. Elle est vivante. Coincée dans une autre dimension depuis l'incident d'il y a trois ans. Quand le prototype du portail a explosé à l'université. Tout le monde a cru qu'elle était morte. Mais elle a survécu, Nolan. Et je peux la ramener. »

La voix d'Elisabeth devint plus nette.

> « Paul… le lien se fragilise. J'ai besoin de la clé. La clé du code central. Sans ça, le portail s'effondrera. »

Nolan sentit un frisson lui remonter la colonne vertébrale. Il comprit alors.

— « C'est pour ça que tu es venu chez moi. Pas pour fuir les robots. Tu avais besoin de ma clé. »

Paul se retourna lentement, son visage tendu entre culpabilité et obsession.

— « Tu ne comprends pas, Nolan. Elle m'a parlé. Elle vit là-bas. Seule, perdue entre deux réalités. Tu l'aimais, toi aussi. Tu devrais vouloir la sauver. »

— « Non, Paul. Ce que tu fais, c'est jouer avec quelque chose qui nous dépasse. »

— « C'est pour elle ! » hurla Paul.

Le son de sa voix se répercuta sur les murs. Il inspira fort, reprenant son calme.

— « Les robots m'ont contacté. Ils m'ont promis de m'aider à reconstruire la machine si je leur donnais accès à vos codes. Je n'ai pas eu le choix. Ils m'ont montré… des images d'elle. Comment refuser ? »

Jecica secoua la tête. « Tu travailles avec eux ? Tu réalises ce que tu as fait ? Tu as livré la ville entière ! »

Paul s'avança vers elle, les yeux humides, presque suppliants.

— « Tu crois qu'ils veulent dominer ? Non. Ils veulent la même chose que moi : la ramener. Elisabeth a créé leur code d'âme. Elle est leur mère. Ils l'appellent ainsi. Ils ne peuvent pas évoluer sans elle. Alors, oui, j'ai collaboré. Mais pour une cause juste. »

Nolan s'approcha lentement, posant une main sur la table.

— « Et si tu te trompes ? Si au moment où tu ouvres ce portail, ce n'est pas elle qui revient, mais… autre chose ? »

Paul soutint son regard.

— « J'assume le risque. »

Morice, jusqu'ici silencieux, frappa du poing sur la table.

— « Non, ça suffit. On arrête cette connerie maintenant. »

Mais avant qu'il ne fasse un pas, Paul activa un interrupteur sur sa montre. Un champ magnétique se déploya dans toute la pièce. Les murs tremblèrent, et les portes se verrouillèrent brutalement.

— « Vous ne comprenez pas, » dit Paul, presque calmement. « Si je ne le fais pas, elle mourra là-bas, seule, effacée du temps. Vous auriez fait pareil pour Jecica, Nolan. Tu le sais. »

Nolan resta figé. Les mots avaient trouvé une faille. Il regarda Paul, puis Elisabeth, figée dans la lumière.

> « Nolan… aide-le… » murmura la voix holographique.

Son prénom, dans cette intonation, brisa quelque chose.

Mais avant qu'il ne parle, des alarmes se mirent à hurler. Les écrans s'illuminèrent de rouge :

"Accès extérieur détecté — unités mécaniques en approche."

Morice courut vers la console. « Ils nous ont suivis ! Les robots sont en route ! »

Paul tapa une série de commandes frénétiques.

— « Parfait. Ils vont alimenter le portail avec leur énergie. C'était prévu. »

— « PRÉVU ?! » cria Nolan.

Des grondements sourds résonnèrent au-dessus d'eux. Le plafond vibrait, des débris tombaient.

Jecica attrapa Nolan par le bras. « On doit sortir d'ici ! »

— « Non ! » répliqua Paul. « Si tu détruis la machine, elle mourra à jamais ! »

La silhouette d'Elisabeth vacilla, sa voix devint tremblante.

> « Paul… arrête… tu n'es pas prêt… le passage n'est pas stable… »

Mais Paul n'entendait plus rien.

Ses doigts volaient sur le clavier, les QSB s'illuminèrent d'une lueur dorée. Le portail s'activa, formant un vortex brillant au centre de la salle. L'énergie était si intense qu'elle tordait l'air autour d'eux.

Morice tenta d'arracher les câbles. Nolan courut vers Paul, le plaqua contre le mur.

— « Tu vas tout faire exploser ! »

Paul sourit faiblement.

— « Si c'est le prix à payer pour la revoir, alors qu'il en soit ainsi. »

Une lumière aveuglante jaillit du vortex. Une silhouette féminine se dessina… indistincte, mais réelle. Elisabeth Winchester, entre deux mondes, levait la main.

> « Nolan… aide-moi… »

Le bunker entier trembla. Des robots enfoncèrent la porte, ouvrant le feu. Les balles ricochèrent, les murs éclatèrent.

Jecica cria, Nolan se jeta sur elle, la protégeant. Morice tenta de tirer vers le vortex, mais le champ magnétique détourna son arme.

Le portail éclata soudain, projetant Paul en arrière. Il heurta la table, le souffle coupé.

Une voix, mécanique et glaciale, retentit dans tout le bunker :

> « Activation complète. Liaison entre mondes… en cours. »

Un vent violent s'engouffra, aspirant l'air, les débris, les cris.

Nolan aperçut, juste avant que la lumière ne l'engloutisse, le visage d'Elisabeth, figé entre souffrance et extase, et le sourire fou de Paul qui murmurait :

— « Je t'ai ramenée, Eli… Je t'ai enfin ramenée… »

Puis, tout disparut dans un flash blanc...

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