Ficool

Chapter 13 - sauver le monstre ?

La route filait sous les roues du véhicule banalisé, avalée par l'obscurité que reflétait sa peinture noire. La soirée était tombée. À travers la vitre teintée, les lumières de la ville s'éteignaient peu à peu, remplacées par le néant des zones industrielles abandonnées.

L'habitacle vibrait légèrement, imprégné d'une tension muette.

Au même moment, sur le lieu de l'accident du véhicule de Nolan et Jecica, un groupe de héros apparut. Ils avaient été prévenus par l'alarme silencieuse intégrée dans la voiture. Le groupe était composé de trois héros de base et d'un héros argenté.

Depuis la disparition des héros, le gouvernement avait instauré un système exigeant qu'à chaque mission, une équipe soit encadrée par un héros doré ou argenté — ce dernier représentant le niveau juste en dessous des dorés.

Mais devant eux, il n'y avait qu'une épave de véhicule. Le bracelet de repérage pour les bots avait été écrasé et laissé près de la carcasse.

— « On doit suivre les traces de pneus pour les retrouver », dit Storme, le héros argenté dont le pouvoir était de se transformer en fumée concentrée, mais aussi de provoquer des tempêtes d'un simple souffle.

Les héros ordinaires — d'anciens indépendants ayant accepté les accords du gouvernement pour sauver leur liberté et leur vie — prenaient des photos de la scène afin d'enrichir la base de données et d'envoyer les preuves pour analyse.

Mais l'une d'elles reconnut quelque chose : un détail familier posé sur le sol herbeux de la forêt, près de la mer. Les traces du véhicule. Ce véhicule que tous les héros haut gradés connaissaient.

Elle porta la main à son oreillette :

— « Ce sont les KJ. Ce sont eux les auteurs de l'attaque contre le couple Park », dit-elle d'une voix inquiète.

À l'autre bout, le centre d'appels des héros. Un homme lui transmettait les informations de mission.

— « D'accord… Nolan et Jecica Park font partie de la liste prioritaire du gouvernement. Nous avons un signal thermique enregistré dans notre base de données. »

— « Quelles sont les instructions ? » demanda Storme, la voix pressée.

— « Qui sont les héros présents avec vous ? »

— « Je suis avec des héros de bronze ! » répondit Storme.

— « Très bien. Le couple Park est trop important pour le pays : leur sauvetage est prioritaire. Je t'envoie l'équipe B3 dès que la localisation thermique est prête. »

---

Nolan reprenait lentement conscience. Ses paupières tremblaient. Il sentit le goût métallique du sang sur sa langue, ses poignets serrés par des menottes électrifiées. Un voile de douleur couvrait son esprit.

Face à lui, Jecica était attachée, bâillonnée. Sa tête penchait sur le côté, ses cheveux collés à son visage par la sueur et le sang. Chaque respiration qu'elle prenait semblait un combat.

— « Jecica… » murmura Nolan, la voix brisée.

Aucune réponse. Juste un souffle faible, régulier, fragile.

Carnage, au volant, jetait de temps à autre un regard dans le rétroviseur.

— « La fille se vide, chef. »

Le Maître, assis à l'arrière à côté de Nolan, ne bougea pas. Il observait l'horizon d'un air impassible.

— « Laisse-la. Tant qu'elle respire, elle nous est utile. »

— « Et si elle meurt avant ? » demanda Carnage.

Le Maître tourna lentement la tête vers lui. Un simple regard suffit. Carnage baissa aussitôt les yeux, crispé sur le volant.

Mentos, lui, regardait Nolan avec une curiosité malsaine.

— « J'me demande ce que t'as dans la tête, doc. Tu passes ta vie à réparer des monstres, mais t'en es devenu un, non ? »

Nolan serra les dents, refusant de répondre.

— « Continue de parler si tu veux, » souffla-t-il d'une voix glaciale, « mais quand j'aurai mes mains libres, je commencerai par toi. »

Mentos ricana.

— « Ah, j'adore quand les civils font les durs. »

Le Maître intervint enfin.

— « Assez. »

Sa voix était basse, mais résonnait comme un ordre gravé dans le métal. Le silence retomba, lourd, épais.

Nolan fixait Jecica. Il essayait de capter le moindre signe de conscience, la moindre preuve qu'elle l'entendait encore.

Son esprit, lui, tournait à mille à l'heure : il calculait, analysait, cherchant désespérément une faille. Mais la cage électromagnétique bloquait tout, jusqu'à son implant neural. Impossible de contacter l'extérieur.

Le véhicule traversa plusieurs tunnels, s'enfonçant dans une zone reculée, jusqu'à ce qu'un immense portail métallique apparaisse devant eux.

Mentos appuya sur une commande. Un scanner projeta un faisceau bleu sur le pare-brise.

> « Identification KJ : accès autorisé. »

Les lourdes portes s'écartèrent lentement dans un grondement.

---

L'endroit semblait taillé dans le béton et l'ombre.

Un ancien bunker reconverti. Pas de fenêtres, pas de signe de vie à l'extérieur.

Juste des couloirs froids, des néons blafards, des bruits de pas sur le sol métallique.

Les KJ sortirent du véhicule.

Carnage tira Nolan sans ménagement, tandis que Mentos portait Jecica, inerte, dans ses bras.

Le sang laissait une trace sombre derrière eux.

Ils traversèrent un long couloir. Les murs portaient encore les marques d'anciens impacts, des traces d'humidité, des symboles étranges gravés à la main.

Au bout, une porte plus épaisse que les autres s'ouvrit dans un souffle mécanique.

La pièce à l'intérieur était simple : une table médicale, plusieurs écrans, quelques appareils à énergie autonome. Et au centre, un lit.

Sur ce lit, un homme.

Nolan s'arrêta net.

Même affaibli, même méconnaissable, il reconnut ce visage.

Mohse.

L'ancien tyran, celui dont le nom suffisait à glacer le sang.

Celui qui, jadis, avait plongé tout un pays dans la peur.

Il était méconnaissable : amaigri, blême, le souffle court. Des tuyaux sortaient de sa peau, reliés à des machines plus bricolées que médicales.

Ses yeux se rouvrirent lentement, vitreux, comme s'il sortait d'un long cauchemar.

Kong, un des adjoints du Maître, se tenait près du lit. Son sourire avait quelque chose d'étrangement cordial.

— « Bonjour, docteur Park. Je suis heureux de vous revoir. Enfin… de vous voir vraiment. »

Nolan, épuisé, répondit sèchement :

— « Elle a besoin d'aide. Le reste, je m'en fous. »

Il désigna Jecica, toujours inconsciente sur la civière.

Kong haussa les épaules.

— « Vous pourrez la sauver… une fois que vous aurez sauvé lui. »

Nolan sentit son cœur s'alourdir.

Le regard vide de Mohse se fixa sur lui, tremblant.

Ses lèvres craquelées bougèrent à peine :

— « S'il… s'il vous plaît… aidez-moi… je… je n'ai plus longtemps… »

Jecica gémit faiblement à ce moment-là.

Nolan la regarda, puis revint vers Mohse.

Son esprit se tordait. Cet homme avait détruit des vies, des villes entières. Et pourtant, là, maintenant, il n'était plus qu'un être brisé qui suppliait de vivre encore un peu.

— « Nolan… » souffla Jecica d'une voix tremblante. « Il… il a tué tant de gens… pourquoi le sauver ? »

---

Il ne répondit pas tout de suite. Il s'approcha lentement du lit, observant les données affichées sur les écrans : tension instable, saturation en oxygène critique, système nerveux effondré.

Une partie de lui voulait refuser. L'autre — celle du médecin — refusait de laisser mourir qui que ce soit, même un monstre.

Il prit une profonde inspiration.

— « Je vais vous aider. Mais si vous tentez quoi que ce soit, je jure que je vous laisserai crever. »

Mohse hocha faiblement la tête, les yeux pleins de larmes.

Chaque mot qu'il prononçait semblait lui arracher une part de vie.

— « Je… je vous en supplie… docteur… je ne veux pas mourir… pas encore… »

Nolan se mit au travail.

Ses mains tremblaient, mais son regard resta fixe.

Il reconnecta les câbles, vérifia les données, ajusta les niveaux d'énergie.

Autour de lui, les KJ observaient, silencieux, armes prêtes.

Les minutes s'étirèrent.

Le souffle de Mohse devenait plus court.

Chaque battement de son cœur résonnait comme un compte à rebours.

Jecica, toujours affaiblie, regardait la scène d'un œil trouble.

Elle ne savait plus si elle devait craindre pour sa vie… ou pour celle de l'homme qu'elle aimait.

Les gestes de Nolan se firent plus rapides. Il improvisait, utilisant les moyens à disposition, bricolant un mélange entre soin clinique et instinct de survie.

L'air sentait l'ozone et la sueur.

Puis, un long bip retentit.

Les courbes sur l'écran se stabilisèrent lentement.

Mohse haleta, puis sa respiration s'apaisa.

Son regard chercha celui de Nolan, tremblant.

— « Merci… » souffla-t-il. « Vous… vous m'avez sauvé… »

Nolan ne répondit pas.

Il s'essuya le front, épuisé.

Jecica posa faiblement une main sur son bras, cherchant à croiser son regard.

Autour d'eux, les KJ restaient immobiles.

Le Maître observait la scène sans un mot.

Le silence qui suivit semblait presque irréel.

On n'entendait plus que la respiration lente de Mohse, celle, tremblante, de Jecica, et le souffle maîtrisé de Nolan.

L'air était lourd.

La tension n'avait pas disparu.

Elle s'était simplement changée en une attente glaciale, pleine de promesses incertaines.

Et quelque part, dans l'ombre du bunker, un nouveau battement de cœur venait de reprendre vie.

More Chapters