Ficool

Chapter 1 - Chapitre 1 — L’encre qui ne sèche pas

La carte mentait. Aldric en était certain depuis dix minutes.

Il s'accroupit derrière un tronc d'arbre, posa un genou en terre et attendit. Pas par peur — par méthode. Il avait appris très tôt que les gens qui se précipitaient mouraient vite et bêtement, et qu'il ne pouvait pas se permettre de mourir vite et bêtement. Pas avec Emile et Lena qui attendaient à Caermund.

Il sortit son Sceau de Lecture et le pressa contre le parchemin. La rune de perception s'illumina, bleue, confirmant ce qu'il suspectait : la carte était tracée au Flux. Elle était vivante. Et elle bougeait.

Il l'observa encore trente secondes sans rien faire.

Puis il sourit — un sourire court, sans chaleur — et la rangea.

Bien, pensa-t-il. Quelqu'un a mis beaucoup de travail là-dedans. Ce serait dommage de ne pas aller voir pourquoi.

Il marchait depuis vingt minutes quand il entendit le bruit du combat.

Acier contre acier, un choc net, puis un cri étouffé. Il ralentit sans hésiter, quitta le sentier et se faufila entre les arbres. Avant même de voir la scène, il avait déjà compté : trois assaillants au bruit des pas, une seule victime au bruit de l'épée — maladroite, défensive. Jeune, probablement.

Il s'arrêta derrière un tronc et confirma : trois hommes en armure noire, la croix brisée de Lord Maran sur le plastron. Un garçon de quinze ans, adossé à un arbre, une épée trop grande pour lui tremblant dans ses mains. Blessure à l'épaule gauche, saignement modéré, pas d'artère touchée. Encore quelques minutes avant que la fatigue ne l'emporte.

Aldric observa. Pas par hésitation — par calcul. Il vérifia les angles, le sol, les distances. Une racine à éviter à droite. De la boue à gauche. Le soldat du centre portait le poids sur sa jambe droite : blessure ancienne, réflexes compensés. Prévisible.

Il ouvrit brièvement son Carnet, traça deux Lignes courtes — une d'amplification, une de trajectoire — et referma d'un geste sec.

Puis il sortit de l'ombre.

— Trois contre un, dit-il d'une voix parfaitement calme. Vous devriez avoir honte.

Les soldats se retournèrent. Celui du centre fit un pas vers lui.

— Passe ton chemin, cartographe.

— Je passe rarement mon chemin, dit Aldric. C'est une mauvaise habitude professionnelle.

Ce qui suivit dura moins d'une minute. Le premier soldat reçut le pommeau de son épée derrière l'oreille — Aldric avait utilisé la Ligne d'amplification pour concentrer l'impact, deux fois plus fort qu'un coup ordinaire, deux fois moins de Mana dépensé qu'une attaque directe de Flux. Le deuxième fut déséquilibré par un crochet de pied au genou fragile, exactement là où il le savait fragile. Le troisième para deux coups correctement avant qu'Aldric ne lui entaille l'avant-bras entre les plaques, au millimètre près.

Aldric ne frappait jamais au hasard. Chaque geste avait été décidé avant d'être exécuté.

Trois soldats au sol en cinquante secondes.

— Dis à Lord Maran, dit-il au seul encore conscient, que la prochaine fois il devrait envoyer des gens capables de se battre sur un terrain boueux.

Il laissa le soldat partir sans le regarder s'éloigner, et se retourna vers le garçon.

— Comment tu t'appelles ?

— Théo. Théodore Ashfen. Et je… j'avais la situation en main.

— Non, dit Aldric simplement. Dans trente secondes tu t'effondres. Épaule gauche.

Il n'attendit pas la réponse et ouvrit son Carnet. Une Ligne verte, courbe — diffusion de Flux curatif — tracée en trois secondes. Sous la toile qu'il pressa sur la blessure, le saignement ralentit.

Théo le regarda faire avec des yeux qui essayaient de ne pas être impressionnés.

— T'es un Traceur ?

— Cartographe. C'est différent.

— Comment c'est différent ?

— Un Traceur utilise le Flux, dit Aldric en refermant son Carnet. Un cartographe le comprend. Pourquoi ces soldats te courent après ?

Le garçon hésita. Puis il ouvrit sa chemise et sortit, accroché à une chaîne en laiton, une boussole dont l'aiguille ne pointait pas vers le nord.

Elle pointait vers la pochette d'Aldric.

— Mon père m'a dit de trouver le cartographe de cette carte. Il m'a dit que c'était une question de vie ou de mort. Son nom était Gareth Ashfen.

Une pause.

— Mais tout le monde l'appelait le Cartographe Fantôme.

Aldric ne bougea pas. Ne laissa rien paraître sur son visage. Mais quelque chose dans sa poitrine se serra d'une façon qu'il reconnut — la même sensation que sept ans plus tôt, le matin où son propre père avait disparu en laissant derrière lui un compas en laiton et deux enfants à nourrir.

Il connaissait le nom de Gareth Ashfen. Tout le monde dans le métier le connaissait. Le cartographe qui avait prétendu avoir découvert quelque chose sous le monde visible — une structure, un réseau de Veines trop grand pour être naturel — avant de disparaître du jour au lendemain.

Aldric regarda la boussole.

Regarda le garçon.

Calcula.

— Bien, dit-il enfin. Compresse en place, pression constante. Tu me racontes tout, dans l'ordre, sans omettre les détails que tu penses inutiles — ce sont souvent les plus importants.

Il s'assit contre un tronc, sortit la carte et la posa sur ses genoux.

Les lignes rouges avaient encore bougé. Elles formaient maintenant deux chemins.

Aldric les étudia longuement, en silence.

Quelqu'un veut que je choisisse, pensa-t-il. Donc il y a un bon et un mauvais chemin. Donc il y a un piège.

Il sortit un crayon et commença à noter dans la marge du parchemin les variables qu'il ne connaissait pas encore.

La liste était longue.

Il aimait ça.

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