Ficool

Chapter 9 - CHAPITRE 9 LA FURIE DE LA FOUDRE

La rue était devenue un couloir de panique.

Akai courait.

À ses côtés, Aira peinait à suivre, le souffle court, le regard constamment jeté derrière elle. Plus loin, des cris. Des gens trébuchaient, tombaient, se relevaient en hurlant. Et derrière eux…

Ils arrivaient.

Une trentaine de silhouettes difformes se déversaient dans la rue comme une vague noire. Des corps humains déformés, fissurés de l'intérieur par une chaleur rougeâtre. Certains couraient à quatre pattes, d'autres titubaient en laissant des traînées de feu sur le bitume.

— Ne te retourne pas ! cria Akai en attrapant le poignet d'Aira.

Devant eux, l'air se mit à onduler.

Puis l'eau apparut.

Elle jaillit du sol, des murs, des canalisations, se dressant en barrières mouvantes. Une pression invisible écrasa l'avant-garde des créatures, les projetant contre les façades dans un fracas humide et sourd.

La cheffe de l'Eau avançait calmement à contre-courant de la foule.

Ses pas ne touchaient presque pas le sol.

Son regard était d'un calme absolu.

— Continuez, dit-elle sans hausser la voix. Ne ralentissez pas.

Derrière eux, les démons frappèrent la barrière liquide. L'eau se referma sur l'un d'eux, formant une sphère parfaite. La créature hurla à l'intérieur, son corps se contracta—

La sphère rétrécit.

Encore.

Jusqu'à imploser dans un bruit sourd, ne laissant qu'une pluie tiède retomber sur l'asphalte.

Mais ils étaient trop nombreux.

Akai serra les dents. Le sceau sur son cou brûlait.

— Ils vont nous rattraper…

La cheffe de l'Eau leva légèrement la main.

L'eau se fragmenta en dizaines de lames translucides qui fendirent l'air à l'unisson. Les silhouettes furent découpées net, sectionnées en morceaux trop propres pour être réels. Les corps tombèrent sans même comprendre ce qui leur arrivait.

Un instant.

Le silence.

Puis—

BOOM.

Un grondement monstrueux déchira le ciel.

La lumière disparut une fraction de seconde.

Un éclair violet s'abattit en plein milieu de la rue, suivi d'une explosion si violente qu'elle pulvérisa ce qui restait des démons. L'onde de choc projeta Akai et Aira au sol.

Les vitres explosèrent.

Les lampadaires s'éteignirent.

Quand la poussière retomba, il ne restait rien.

Pas de corps.

Pas de cendres.

Juste un cratère noirci.

Akai releva la tête, encore sonné.

— …Qu'est-ce que…

Un bruit sec.

Un claquement, comme l'air lui-même qu'on déchire.

Puis il le vit.

Une silhouette fonçait droit sur eux, impossible à suivre du regard. Des arcs électriques serpentaient autour de son corps. Le sol se fissurait sous chacun de ses pas.

Le maître de la Foudre.

Il s'arrêta à quelques mètres d'Akai, l'électricité crépitant violemment autour de lui. Son regard était froid. Tranchant. Déterminé.

Pas de surprise.

Pas de doute.

— Toi, dit-il.

Akai se releva à peine qu'un coup le frappa de plein fouet.

Il n'eut même pas le temps de lever les bras.

La foudre explosa contre son corps et l'envoya s'écraser contre un mur dans un fracas assourdissant. La pierre se fissura autour de lui.

— AKAI ! cria Aira.

La cheffe de l'Eau se tourna lentement, son regard se durcissant pour la première fois.

— Assez, dit-elle.

Mais le maître de la Foudre ne la regarda même pas.

— Tu n'aurais jamais dû exister, cracha-t-il en avançant. Chaque pas que tu fais rapproche ce monde de sa fin.

L'électricité s'intensifia autour de lui, l'air vibrant sous la pression.

Akai tenta de se redresser, le souffle coupé, le corps parcouru de spasmes.

— …Je… je n'ai rien—

— Tu respires encore, et c'est déjà une erreur.

Il disparut.

Et réapparut juste devant Akai, le poing chargé d'un éclair violet prêt à s'abattre.

Cette fois, ce n'était pas une intervention.

C'était une exécution.

L'éclair s'abattit.

Mais il ne toucha pas.

Une masse liquide surgit entre eux dans un grondement sourd.L'eau absorba l'impact.

La rue entière vibra.

Le poing du Maître de la Foudre resta figé dans une paroi aqueuse dense comme de l'acier.

La cheffe de l'Eau se tenait désormais entre lui et Akai.

Son regard n'était plus doux.

Il était glacial.

— Recule, dit-elle.

Un arc violet crépita.

La vapeur s'éleva là où l'électricité pénétrait la surface liquide.

— Écarte-toi, répondit-il sans la regarder. Ce n'est pas ton combat.

— Tant qu'il respire, si.

Un silence lourd.

Derrière eux, Aira rampa jusqu'à Akai, tremblante.

— Lève-toi… s'il te plaît… lève-toi…

Akai tenta de bouger.

Ses muscles refusaient d'obéir.

Le Maître de la Foudre inclina légèrement la tête.

Puis il disparut.

Un éclair.

Il réapparut derrière la cheffe de l'Eau.

Un coup de pied.

Elle pivota à peine. Une vague compacte dévia l'impact.

Mais cette fois, l'électricité traversa la défense.

Son épaule saigna.

Il sourit.

— Tu le protèges ? demanda-t-il. Tu sais ce qu'il porte.

Elle ne répondit pas.

Au lieu de ça, elle leva deux doigts.

L'eau autour d'eux se condensa brutalement.

Une sphère se forma autour du Maître de la Foudre.

Parfaite.

Hermétique.

Il fut enfermé dedans.

La pression monta instantanément.

L'eau se mit à rétrécir.

Lentement.

Très lentement.

Le sol se fissura sous la densité.

À l'intérieur, les arcs violets explosèrent.

La sphère trembla.

— Tu crois… m'écraser ? dit-il calmement.

Un éclair jaillit de son corps.

La sphère éclata.

Il sortit comme une balle, sa vitesse pulvérisant l'air.

Il passa au-dessus d'elle.

Puis fonça sur Akai.

Cette fois, personne n'eut le temps d'intervenir.

Un coup de pied.

Puis un autre.

Puis une rafale.

Des impacts si rapides qu'ils semblaient simultanés.

Akai fut soulevé du sol par la violence des frappes.

Le Maître de la Foudre posa un pied au sol.

Avec l'autre, il continua à frapper.

Il baissa les yeux.

— Pathétique.

Il se pencha légèrement.

Tout en maintenant la pression de ses coups, il refit tranquillement le lacet de sa botte.

Sans cesser de frapper.

Sans accélérer son souffle.

Aira hurla.

— ARRÊTEZ !

Il attrapa soudain le visage d'Akai d'une main.

Ses doigts s'enfoncèrent dans sa peau.

Il le plaqua au sol.

Et se mit à courir.

La rue défila.

Le corps d'Akai racla l'asphalte, laissant une traînée rouge derrière eux.

Vitrines brisées.Feux de signalisation arrachés.Étincelles partout.

Puis il bifurqua.

Verticalement.

Il monta le long d'un immeuble.

À pleine vitesse.

Toujours en traînant Akai contre la façade.

Des éclats de béton volaient dans tous les sens.

Arrivé au sommet—

Il le lança dans les airs.

Akai retomba.

Un éclair descendit du ciel.

Le Maître de la Foudre apparut au-dessus de lui.

Coup de pied retourné.

Impact.

Akai fut projeté vers le sol.

L'éclair frappa en même temps.

Explosion.

Un cratère.

Silence.

De la fumée.

Aira courut, ignorée par la peur.

— Akai… ?

Dans le cratère, son corps fumait.

Mais il respirait.

Faiblement.

Le Maître de la Foudre atterrit lentement.

Il s'approcha.

— Pourquoi refuses-tu de mourir ?

Akai ouvrit un œil.

Du sang coulait le long de son visage.

Le sceau sur son cou brûlait.

Pas violemment.

Pas hors de contrôle.

Mais… différemment.

Quelque chose vibrait sous sa peau.

Pas une explosion.

Pas encore.

Une résistance.

Le Maître de la Foudre le sentit.

Son regard se plissa.

— Ne me force pas à le faire sortir.

La cheffe de l'Eau arriva enfin derrière lui.

L'eau tournoyait autour d'elle.

Dense.

Silencieuse.

Prête à tuer.

— Ça suffit.

Le ton avait changé.

Ce n'était plus une demande.

Le ciel gronda.

Cette fois, pas à cause de lui.

Autre chose approchait.

Plus loin.

Plus ancien.

Le Maître de la Foudre regarda vers l'horizon.

Puis vers Akai.

Un dernier regard.

— Ce monde n'a pas besoin de toi et toi Shuǐ je t'assures une fois de plus que tu fais fausse route un jour tu verras qu'il ne mérite pas que l'on soit clément envers lui.

Il disparut dans un éclair.

Le silence retomba.

La cheffe de l'Eau s'agenouilla près d'Akai.

Sa main se posa sur son front.

Fraîche.

Stable.

— Reste conscient.

Aira pleurait à côté.

— Pourquoi… pourquoi il lui en veut autant… ?

La Maîtresse de l'Eau ne répondit pas immédiatement.

Son regard était perdu quelque part, au-delà de la ville.

— Parce que certains voient l'orage avant même que les nuages n'apparaissent.

Elle releva les yeux vers le ciel sombre.

Et pour la première fois…

Une inquiétude réelle traversa son visage.

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