## Chapitre 2 — Le silence qui répond
Le jour du drame, tout va trop vite et trop lentement à la fois.
Je ne raconterai pas les détails. Pas parce que je ne m'en souviens pas — au contraire, je me souviens de tout, avec une précision insupportable, comme si chaque seconde avait été calculée pour laisser une trace exacte en moi. Je dirai simplement que ce jour-là, je perds quelque chose que je ne récupérerai jamais.
Et c'est là, au milieu des cris, des gens qui courent, des visages déformés par la panique, que quelque chose casse en moi.
Parce que ce moment-là — ce moment précis, avec cette lumière-là, ce silence-là juste avant le chaos — je le reconnais. Je l'ai déjà « lu » quelque part en moi, bien avant qu'il n'arrive. Comme une scène répétée en coulisses avant le grand soir.
Alors je me retourne.
Pas vers les gens autour de moi. Vers *toi*.
« Tu étais là, hein ? Pendant tout ce temps. »
Ma voix tremble, mais je continue.
« Tu crois que je ne le sentais pas ? Tes hésitations. Les moments où tu changeais d'avis sur ce qui allait m'arriver. Je les sentais comme des vertiges, sans jamais comprendre pourquoi. »
Je ris, un rire sans joie, presque cassé.
« Ce n'était pas des prémonitions. C'était tes putains de brouillons. »
Personne autour de moi ne semble m'entendre. Ils continuent à courir, à crier, comme si je n'existais plus pour eux — comme si, à l'instant où je m'adresse à toi, j'étais sorti de leur monde pour entrer complètement dans le tien.
« Alors dis-moi. Depuis le début. Depuis que je suis gamin et que tout le monde me prenait pour un dingue. C'était toi. C'était toujours toi. »
Le silence, autour de moi, devient étrangement épais. Comme si le monde retenait son souffle en attendant ta réponse.
Elle ne vient pas.
Bien sûr qu'elle ne vient pas.
Je baisse un peu la tête, et quelque chose en moi se calme — pas de la paix, plutôt une forme d'épuisement. Une reddition.
« Cette colère que je ressens là, maintenant... tu l'as écrite aussi, non ? »
Je te fixe. Je ne sais même plus si je fixe un lecteur, un écran, une page, ou juste le vide qui a toujours été toi.
« Dis-moi. Ce silence, après ma question. »
Un temps.
« C'est toi qui l'écris aussi ? »
